Henné pour cheveux : nuance, dosage, pose et pièges
2 octobre 2026
Le henné colore le cheveu sans l’ouvrir. Son pigment s’accroche à la kératine de surface au lieu de traverser la fibre comme une coloration d’oxydation, et il y reste : la couleur ne part pas au lavage, elle s’en va à la coupe. Sur une base châtain, il dépose un reflet cuivré ; sur des cheveux blancs, un orange vif qu’il faut savoir corriger. Tout le résultat se joue sur quatre réglages : la bonne poudre, la bonne quantité, un temps de pose suffisant et la patience des trois jours qui suivent.
Que fait le henné sur le cheveu ?
Le henné vient d’un arbuste des régions chaudes, Lawsonia inermis, cultivé en Inde, au Maghreb ou au Yémen. Ses feuilles séchées et broyées donnent une poudre verte qui ne colore rien tant qu’elle reste sèche.
Son principe actif, la lawsone (2-hydroxy-1,4-naphtoquinone), ne représente qu’une petite part de la feuille. L’avis du comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs, adopté le 19 septembre 2013, a jugé sûr l’usage capillaire d’une poudre contenant au plus 1,4 % de lawsone, mélangée à trois parts d’eau. Libérée par l’eau, la lawsone se lie à la kératine et donne un orange-rouge qui fonce ensuite à l’air.
Trois effets se superposent sur le cheveu :
- une couleur, du cuivre clair à l’acajou profond selon la base et la quantité de poudre ;
- une gaine, qui épaissit visuellement chaque cheveu et donne du corps aux chevelures fines ;
- une brillance, liée à la surface lissée par le dépôt.
Revers de la gaine : sur des longueurs sèches, elle rigidifie et accentue l’effet paille. Le henné fait donc partie des soins capillaires naturels, mais il n’est pas un soin hydratant, et ce point compte au moment de choisir la fréquence.
Henné, cassia, indigo : trois plantes, trois résultats
Le mot « henné » couvre en rayon trois poudres différentes. Les confondre, c’est obtenir un résultat sans rapport avec la photo du paquet.
Le « henné neutre » n’est pas du henné. C’est la cassia (Cassia obovata, aussi nommée Senna italica), dont le pigment, le chrysophanol, ne laisse qu’un léger reflet doré sur des cheveux très clairs et rien de visible sur une base foncée. On l’emploie comme soin brillance et gainant.
Le « henné noir » naturel, lui, est de l’indigo (Indigofera tinctoria). Posé seul sur des cheveux clairs, il donne du bleu, parfois du vert. Posé sur une base déjà teinte au henné, il fait virer le roux vers le châtain, le brun ou le noir. C’est le mélange des deux pigments qui produit les bruns végétaux.
| Poudre | Plante | Molécule | Résultat seule | Pose habituelle |
|---|---|---|---|---|
| Henné | Lawsonia inermis | Lawsone | Roux, cuivre, acajou | 2 à 4 h |
| Cassia (« henné neutre ») | Cassia obovata | Chrysophanol | Incolore, doré léger sur blond clair | 45 min à 1 h |
| Indigo | Indigofera tinctoria | Indigotine | Bleu sur cheveux clairs | 1 à 2 h |
Lisez donc la liste des ingrédients plutôt que le nom de la teinte : Lawsonia inermis, Indigofera tinctoria ou Cassia obovata y figurent en clair, par ordre de proportion. Un « henné châtain » qui commence par l’indigo foncera bien plus qu’un autre qui commence par le henné.

Quelle couleur attendre selon votre base ?
Le henné ne remplace pas votre couleur : il s’y ajoute, par transparence. Le résultat dépend donc d’abord de votre point de départ, et un henné n’éclaircit jamais. Une brune ne deviendra pas rousse claire, une châtain n’obtiendra pas de blond.
| Base de départ | Henné seul | Henné puis indigo | Cassia seule |
|---|---|---|---|
| Cheveux blancs | Orange vif les premiers jours, cuivre ensuite | Châtain à brun, selon la dose d’indigo | Jaune paille léger, à tester |
| Blond clair | Cuivre lumineux, roux franc | Châtain clair à moyen | Reflet doré discret |
| Châtain | Reflets cuivrés à acajou, visibles au soleil | Brun chaud | Brillance, sans couleur visible |
| Brun foncé à noir | Reflet rouge seulement en pleine lumière | Noir profond | Aucune couleur |
Les cheveux blancs posent un cas à part. Sans pigment, ils prennent le henné à pleine intensité : orange carotte au rinçage, cuivre deux à trois jours plus tard. Sur une chevelure poivre et sel, cela crée un effet de reflets. Si vous cherchez justement à fondre le blanc plutôt qu’à le masquer, le grey blending part de la même logique de transparence.
Pour couvrir des blancs en châtain ou en brun, la méthode la plus prévisible se fait en deux temps : un henné seul, rincé, puis l’indigo dans la foulée ou le lendemain. En une seule pose mélangée, les blancs ressortent souvent plus chauds. Les causes d’un blanchiment précoce sont détaillées dans notre article sur les cheveux blancs chez la femme jeune.
Pour un rendu proche du roux foncé, visez une base châtain et une pose longue plutôt qu’une poudre « acajou » mélangée.
Doser la poudre selon la longueur
La première erreur est de manquer de pâte : une zone mal couverte reste claire, et seule une nouvelle pose complète la rattrape.
| Longueur | Poudre de henné | Eau chaude (base 1 pour 3) | Pose conseillée |
|---|---|---|---|
| Courts, nuque dégagée | 100 g | 250 à 300 ml | 2 h |
| Carré aux épaules | 200 g | 500 à 600 ml | 2 à 3 h |
| Mi-longs, aux omoplates | 300 g | 750 à 900 ml | 3 h |
| Longs ou très épais | 400 à 500 g | 1 à 1,5 l | 3 à 4 h |
La pâte doit avoir la tenue d’un yaourt épais : elle tient sur la cuillère retournée sans couler. Versez l’eau chaude petit à petit en remuant, avec une cuillère en bois ou en plastique. Un liquide légèrement acide, comme une infusion ou une cuillère de vinaigre de cidre, aide la lawsone à se libérer. Le jus de citron fait la même chose mais dessèche davantage.
Laissez reposer la pâte couverte. Selon la poudre, il faut une heure ou davantage ; elle est prête quand une pellicule brun-orangé se forme en surface et qu’une goutte teinte d’orange un mouchoir blanc.
Longueurs sèches ? Une cuillère d’huile végétale dans la pâte adoucit l’effet gainant, sans excès, car le gras freine la fixation.

Poser le henné, étape par étape
- Faites un test cutané 48 heures avant : une noisette de pâte au pli du coude ou derrière l’oreille, laissée le temps de la pose. Rougeur, démangeaison ou gonflement, et vous renoncez.
- Testez aussi la couleur sur une mèche de la nuque ou sur des cheveux récupérés dans la brosse. C’est le seul moyen de voir la nuance réelle sur votre base.
- Lavez les cheveux avec un shampooing simple, sans après-shampooing ni produit siliconé, qui ferait barrière. Essorez-les à la serviette.
- Protégez la peau : crème grasse sur le front, la nuque et les oreilles, gants, vieux tee-shirt. Le henné tache durablement.
- Séparez la chevelure en quatre sections. Commencez par les racines, surtout s’il y a des blancs, puis descendez mèche par mèche en déposant une couche épaisse, bien saturée.
- Couvrez d’un film alimentaire ou d’une charlotte, puis d’une serviette ou d’un bonnet. Une chaleur douce accélère la prise.
- Rincez à l’eau tiède, longuement, jusqu’à ce que l’eau sorte claire. Un après-shampooing peut aider à évacuer les grains, mais pas de shampooing ce jour-là.
Deux heures suffisent pour raviver une base châtain ; trois à quatre heures sont nécessaires pour couvrir des blancs. Au-delà, le gain est minime.
Un cheveu abîmé ou décoloré absorbe plus vite et plus fort, au risque de pointes plus foncées que la racine : les cheveux poreux gagnent à recevoir moins de temps de pose sur les longueurs que sur les racines.

Les 72 heures qui suivent la pose
Au rinçage, la couleur est trompeuse. Elle sort plus orange, plus vive et plus claire que le résultat final. La lawsone fixée continue de s’oxyder à l’air pendant 48 à 72 heures, et le roux se pose, fonce, tire vers le cuivre ou l’acajou.
Pendant ces trois jours, évitez le shampooing, le chlore et l’eau de mer. On juge donc un henné au bout de trois jours, jamais le soir même.
Ensuite, un shampooing doux suffit : le henné ne déteint presque pas, il perd seulement un peu d’éclat au soleil. Les cheveux poussant d’environ 1 cm par mois, une retouche des racines toutes les quatre à huit semaines garde une couleur homogène.
Ne reposez pas le henné sur toute la longueur à chaque fois : les couches s’additionnent, et les pointes foncent et sèchent. Racines seules à chaque retouche, longueurs une fois sur trois.
Repérer le henné noir et les mélanges douteux
Le henné pur colore en roux. Une poudre qui promet un noir intense en une heure contient forcément autre chose.
Le plus fréquent est la paraphénylènediamine, ou PPD. Cette molécule de synthèse n’est autorisée en Europe que dans les colorations capillaires d’oxydation, à 2 % au plus une fois le mélange prêt, et reste interdite dans les produits pour la peau. On la retrouve pourtant dans des « hennés noirs » vendus hors circuits contrôlés et dans les tatouages éphémères de plage, contre lesquels l’agence nationale de sécurité du médicament met en garde : elle peut déclencher un eczéma sévère, puis une allergie durable aux colorations qui en contiennent.
Méfiez-vous aussi des « hennés composés ». Certaines poudres anciennes ou vendues sans liste d’ingrédients contiennent des sels métalliques. Ces sels réagissent violemment avec l’eau oxygénée d’une coloration ou d’une décoloration ultérieure : le mélange chauffe, le cheveu casse ou vire au vert.
Une liste d’ingrédients complète, avec des noms de plantes et rien d’autre. Pas de mention « PPD », « p-phenylenediamine » ni de couleur « noire » sur un henné seul. Une poudre verte, qui sent le végétal. Un noir obtenu en une heure n’est pas végétal.
Reste une contre-indication peu connue. La lawsone peut provoquer une destruction des globules rouges chez les personnes atteintes d’un déficit en G6PD, aussi appelé favisme. Des cas ont été décrits chez des nourrissons et des enfants après une application. Le henné est donc à proscrire chez eux, et à éviter sans avis médical chez un adulte concerné.
Peut-on passer du henné à une coloration chimique ?
Oui, sans garantie de résultat. Une coloration posée sur un henné pur s’y superpose, et le roux ressort au soleil ; une décoloration donne souvent un orange tenace. Avant toute couleur chimique, prévenez votre coiffeur ; un expert coloriste fera un test sur une mèche, seul moyen de savoir comment votre henné réagit.
Dans l’autre sens, après une coloration chimique, une décoloration, une permanente ou un lissage, laissez passer au moins deux semaines avant un henné. La fibre fragilisée prend la couleur de façon irrégulière, et la gaine du henné peut gêner une permanente posée ensuite.
Vous hésitez encore ? Une coloration ton sur ton ravive la couleur sans ammoniaque et s’estompe en quelques semaines, ce que le henné ne fait pas.
Ce que le henné ne fera pas
- Éclaircir. Aucune poudre végétale ne remonte la hauteur de ton d’un cheveu.
- Donner du froid. Le henné donne du chaud ; les blonds cendrés et les châtains glacés lui sont inaccessibles.
- Partir vite. Une erreur de nuance se corrige par-dessus ou à la coupe, pas au lavage.
- Hydrater. Sur des cheveux déjà secs ou fragiles, il demande un soin nourrissant après la pose.
- Faire pousser les cheveux. La gaine réduit la casse et donne de l’épaisseur, mais la pousse dépend du follicule.
Si vos longueurs cassent déjà, les gestes qui renforcent les cheveux cassants passent avant le henné, qui rigidifie la fibre.
Le henné abîme-t-il les cheveux ?
Un henné pur n’ouvre pas la fibre et ne contient ni ammoniaque ni eau oxygénée. Il peut en revanche assécher et rigidifier des cheveux secs, surtout quand les poses s’accumulent sur les longueurs. Retouchez les racines seules et nourrissez après le rinçage.
Combien de temps faut-il laisser le henné sur les cheveux ?
Deux heures pour raviver une base châtain, trois à quatre heures pour couvrir des blancs ; au-delà, le gain est minime. La cassia demande 45 minutes à une heure, l’indigo une à deux heures.
Le henné couvre-t-il les cheveux blancs ?
Oui, mais en roux. Les blancs prennent le henné à pleine intensité et sortent orange vif, puis cuivrés après 48 à 72 heures. Pour obtenir un châtain ou un brun, il faut une seconde pose à l’indigo, juste après le henné ou le lendemain.
Peut-on faire une coloration après un henné ?
C’est possible sur un henné pur, mais le roux reste visible sous la nouvelle couleur et une décoloration donne souvent un orange tenace. Un test sur mèche chez le coiffeur s’impose. Avec un henné contenant des sels métalliques, l’eau oxygénée peut faire chauffer et casser le cheveu.
Combien de temps dure un henné ?
La couleur est permanente : elle ne part pas au lavage et perd seulement un peu d’éclat. Ce qui se voit, c’est la repousse, environ un centimètre par mois, d’où une retouche des racines toutes les quatre à huit semaines.
Le henné neutre colore-t-il les cheveux ?
Non sur une base châtain ou brune. Le henné neutre est de la cassia, dont le pigment ne laisse qu’un reflet doré léger sur des cheveux blond très clair ou blancs, parfois un ton paille. On l’utilise surtout comme soin pour la brillance et le volume.
Avant d’acheter, retournez le sachet et lisez les ingrédients : des noms de plantes, et rien d’autre. Faites ensuite vos deux tests, la touche au pli du coude et la mèche de nuque, 48 heures avant la date prévue. Et réservez une demi-journée calme pour la pose, puis trois jours sans shampooing avant de juger la couleur.
Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (Commission européenne), avis sur Lawsonia inermis (henné), SCCS/1511/13, adopté le 19 septembre 2013, sur l’usage capillaire d’une poudre à 1,4 % de lawsone au plus, consulté le 2 octobre 2026.


